Nico

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Le Projet Deus

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janvier 28, 2009 at 23:07

PROLOGUE

Il est bientôt l’heure. Je suis prêt depuis déjà vingt minutes, mais l’attente me rend fébrile. Cela fait des années que je donne des conférences d’Histoire, et les regards attentifs et admiratifs de tous ces enfants sont devenus ma raison de vivre. Le brouhaha s’intensifie aux abords de la salle, la porte coulisse et laisse se déverser le flot des élèves, manquant submerger le professeur qui les accompagne. Dès que chacun a choisi une place à sa convenance, un silence respectueux s’installe. Même si la technologie permet depuis longtemps de vivre confortablement quelques centaines d’années, nous ne sommes qu’une poignée à bord de l’Atlantis à avoir vécu les événements dont parle mon exposé.

IGABRIEL

- « Je m’appelle Gabriel. Pour ceux qui se le demanderaient, je suis né il y a un peu plus de deux mille ans. », commencé-je.

Laissant aux chuchotements incrédules le temps de s’estomper, je parcours la pièce du regard avant de reprendre.

- « J’étais donc encore jeune à l’époque de la crise qui nous a poussé à quitter la planète Terre. Comme vous le savez sûrement, c’est à une étude scientifique de grande ampleur, appelée Projet DEUS, que nous devons ce bouleversement. »

- «  Vous avez devant vous quelqu’un qui a connu cette époque, les enfants ! » intervient le professeur, qui doit connaître mon exposé aussi bien que moi pour l’avoir vu des dizaines de fois.

- « Connectez-vous au Central, l’exposé va démarrer. »

Fermant les yeux, chacun enclenche alors la connexion qui va le relier au réseau virtuel de bord. Bien installés dans leurs fauteuils, tous les élèves s’apprêtent à vivre pour la première fois ce dérisoire échantillon d’Histoire qui conduisit notre civilisation à la situation actuelle.

Alors qu’une lumière aveuglante s’estompe, les enfants reconnaissent sous leurs pieds un panorama ancré dans l’inconscient collectif : l’Atlantis, cette immense nef spatiale annulaire, en orbite autour d’une planète bleue à l’aspect paisible. Le paysage stellaire est déroutant : même si le vaisseau progresse à une vitesse vertigineuse dans le cosmos, seuls les individus qui choisissent de vivre aussi longtemps que moi voient les constellations changer notablement au cours de leur existence.

Tandis que les reconstitutions virtuelles défilent autour des élèves enchantés, la voix-off leur narrant avec chaleur une époque révolue, un lointain passé resurgit dans mes pensées vagabondes pour s’emparer de moi avec une douloureuse netteté.

II – ANGELO

C’était la première fois que je foulais physiquement le sol terrestre. Cette expérience allait de pair avec la remise des diplômes de fin d’études, et la courte descente par une des navettes de raccordement avait vite tourné à d’exubérantes démonstrations de joie. La cérémonie eut lieu sur les rives d’un lac bordé d’une végétation luxuriante où retentissaient des cris d’animaux ainsi que des chants d’oiseaux. Couronné major de promotion, j’eus le privilège de commencer le traditionnel discours de clôture que devait développer puis conclure le Directeur des Etudes qui, du reste, faisait cela mieux que moi. Je m’éclipsai bien avant la fin en compagnie de mes amis, que j’entraînais à la découverte des alentours tout en parlant de notre avenir au sein de la communauté à laquelle nous appartenions désormais.

Des images plein la tête, c’est avec regret que nous reprîmes place dans la navette qui devait nous ramener à nos foyers de l’Atlantis. Après une courte nuit, je fus surpris de découvrir le Directeur des Etudes discutant avec mes parents dans le coin-salon.

- « Bonjour Gabriel. »

- « Bonjour monsieur. »

- « Monsieur le Directeur des Etudes est venu te faire une proposition, Gaby, » m’annonça ma mère avec un sourire.

- « Je n’irai pas par quatre chemin » entama celui-ci. « On ne tarit pas d’éloges à ton sujet, et je suis venu t’annoncer que tu étais affecté au DRST. Enfin, si tu le veux bien. »

Le Département de Recherche Scientifique et Technologique était un rêve de gosse pour tout le monde. C’était l’élite en matière de Recherche et Développement dans les domaines les plus pointus et novateurs, le moteur de notre société. Quel plaisir peut trouver une communauté aussi avancée que la nôtre à prospérer si elle stagne et n’a rien de nouveau à offrir d’une génération à l’autre ? Le DRST étudiait sans cesse un projet nouveau qui passionnait la population entière. En faire partie, c’était vivre au cœur de l’action, relever un challenge chaque jour, apporter sa pierre au colossal édifice de connaissances qui faisait la fierté de notre peuple.

Me voyant plongé dans mes pensées, mon père intervint.

- « Gaby, qu’en dis-tu ? Tu es d’accord, n’est-ce pas ? »

Me tournant vers le Directeur, je scellais un avenir incertain encore quelques heures auparavant par cette simple phrase :

- «  Ce serait un honneur, Monsieur le Directeur. »

- « Nous allons être amenés à travailler ensemble, mon garçon. Tu peux m’appeler Angelo » répliqua-t-il.

J’appris par la suite que son poste de Directeur des Etudes lui permettait surtout de repérer les élèves prometteurs et que son véritable travail faisait partie intégrante du Projet DEUS au DRST.

III – LES KLAUNES

Ce vaste projet avait pour but de relever un défi technologique particulièrement complexe : créer une conscience artificielle. Il n’y avait évidemment aucune utilité particulière que quiconque voulût appliquer, c’était une prouesse d’ingénierie que nous tentions de relever, pour le simple goût du savoir et de la connaissance. Être capable de créer de la conscience, c’était comprendre la conscience. Et si nous étions capables de façonner cette étincelle de Moi qui nous différencie de n’importe quel androïde, aussi poussée soit sa ressemblance physique avec n’importe lequel d’entre nous, un domaine vertigineux des Sciences s’ouvrirait alors.

Le projet DEUS suscita un engouement collectif dès les premiers jours. Les foules se passionnaient pour l’avancée de nos travaux, pourtant lents, sensés munir des êtres artificiels de la conscience, seul élément qui les différenciaient encore de nous.

Nous choisîmes le Klaune comme support de nos expériences, cette machine organique simple à réparer, facile à manipuler. Elle avait été créée des millénaires auparavant, quelques centaines d’années à peine après la création du DRST. C’était la première fois qu’on copiait notre fonctionnement pour façonner un androïde dont l’énergie venait de la digestion d’aliments et qui avait besoin d’air pour fonctionner. Les Klaunes avaient sombré dans l’oubli jusqu’à ce qu’un des chercheurs affectés au projet DEUS ne mette en avant l’aisance de la recherche sur des machines aussi malléables.

Après trois semaines de formation intensive sur le Klaune, nous suivîmes, mes collègues et moi, un cours d’un an et demi sur le fonctionnement de notre cerveau et de notre système nerveux, sur les différents messagers qui régulent les sensations et émotions propres à notre espèce. Une partie de ces cours était orientée vers les différents moyens de contrôle déjà existants, et nous apprenions à travailler tous ensemble en harmonie, orientant insensiblement nos pensées vers la seule recherche d’un principe sans faille qui nous permettrait d’entamer la phase la plus appréciée du public : l’expérimentation.

Angelo déboula dans le laboratoire en début de matinée. Il arborait un visage dévasté par la fatigue, mais ses yeux pétillaient de joie. A sa vue, je compris que nous avions franchi une nouvelle étape.

- « Arrêtez tout ! » clama-t-il. « J’ai trouvé ! C’est évident, nous avions la solution devant les yeux depuis le début ! Il était inutile d’essayer de reproduire le schéma de notre cerveau sur cette machine, c’est beaucoup trop complexe, et la conscience artificielle n’est probablement pas accessible à notre technologie ! »

Il arpentait la pièce en gesticulant fiévreusement.

Les premiers mois, nous tentâmes d’insuffler l’essence du Moi à un Klaune par le simple intermédiaire d’un cerveau artificiel similaire au nôtre, sans imaginer que la structure ADN simplifiée de cet androïde ne s’accommoderait pas d’un système nerveux central aussi dense. Ces derniers temps, nous travaillions donc à un cerveau simplifié, suffisant néanmoins à des tâches honorables. Nous ne cherchions certes pas à doter cette machine de capacités intellectuelles de premier choix. Nonobstant la réussite indéniable de cet organe créé de toutes pièces, aucune esquisse de conscience n’apparaissait chez nos cobayes. Le découragement gagnait petit à petit l’ensemble de notre groupe de recherche, avant l’irruption inespérée d’Angelo.

IV – AZAËL

Comme souvent, Angelo avait fait preuve d’un coup de génie et nous le regardions tous d’un air ahuri par la simplicité de son raisonnement. Selon lui, il suffisait de modifier les machines afin qu’elles se répliquent d’elles-mêmes, pour introduire une part de hasard génétique à même de créer spontanément ce que nous n’arrivions pas à faire artificiellement.

Et ainsi fut fait. Sur le modèle de notre propre système de reproduction sexuée furent mis au point par les chercheurs du DRST un klaune de chaque sexe, chacun un bijou de miniaturisation et de biomécanique.

Ces prototypes, que l’on se mit spontanément à nommer a et w, faisaient l’objet d’une attention constante, à tel point qu’un comité fut créé pour veiller officiellement à leur bien-être, en partie sous la pression médiatique. Il ne fallait en aucun cas faire de faux pas alors qu’il s’agissait de doter une machine de conscience. Le public se déchaînait en débats et commentaires sur l’éthique à l’égard du vivant. Restait à définir « le vivant ».

Les générations se succédèrent à une vitesse époustouflante dans la zone 51 où ils vivaient : nous avions accéléré le rythme métabolique de nos klaunes pour avoir une nouvelle génération chaque mois. Ils atteignaient l’âge adulte en une quinzaine de jours, puis nous les recyclions à leur décès.

Au fil du temps se dessinait le miracle de l’évolution dans son aspect le plus simple. Les mieux adaptés au milieu atteignaient l’âge de procréer, ce qui était le cas de tous ceux qui n’avaient pas subi de mutation défavorable.

A ce stade, on n’observait aucun signe de conscience propre chez les klaunes. Ils formaient une communauté moderne et autarcique. Le Comité d’Ethique remettait en cause notre choix de leur laisser un libre-arbitre total. Certains individus développaient un caractère agressif et assouvissaient un besoin de domination sur leurs congénères, transmettant leur propre patrimoine génétique au détriment de celui des autres. Les débats à ce sujet s’estompèrent lorsqu’il fut montré que la violence n’était pas héréditaire. On s’accorda finalement sur la nécessité d’un encadrement très lâche dans le développement spontané du Moi.

Et ainsi naquit Azaël. Dès le second jour, nous le remarquâmes tant son comportement était singulier en comparaison des autres petits klaunes. Il semblait appréhender son environnement d’une toute autre manière. On avait l’impression qu’il se sentait différent des autres enfants et s’il les évitaient, ceux-ci semblaient inexorablement attirés vers lui.

Avec l’accord du Comité, le métabolisme d’Azaël fut ralenti notablement. Il nous fallait du temps pour l’étudier : il avait tant à nous apprendre !

V – AURORA

Nous apprîmes effectivement beaucoup de cette première machine. Le simple fait que nous lui ayons donné un nom était révélateur de notre sentiment à son égard. Pour la première fois, une machine vivait, avec tout ce que cela impliquait.

Au bout de neuf mois, Azaël mit fin à son existence de manière inattendue, nous laissant avec nos analyses et nos théories, sans compter la foule véhémente des médias. Il apparut que sa nombreuse descendance ne comptait qu’un individu faisant preuves des mêmes aptitudes à la subjectivité que son père : Aurora.

Nous décidâmes de lancer une série de fécondations in-vitro à partir de son ADN et de celui de son géniteur, même si mes collègues restaient partagés sur l’importance du code génétique dans l’apparition du Moi. Après une batterie de tests génétiques qui durèrent plusieurs semaines, les prélèvements d’Azaël n’avaient rien montré de significativement différent du patrimoine des autres individus, mais dans le doute…

La souche Aurora fut installée dans un environnement à part, et l’on conserva les klaunes restants par sécurité. Nous voulions éviter d’avoir à reprendre le projet à zéro s’il advenait que la tendance suicidaire d’Azaël fût héréditaire.

Je réalise encore difficilement combien le hasard nous avait été favorable alors. Les klaunes de la zone 51, avec leur rythme de vie accéléré, avaient profondément bouleversé la structure communautaire dans laquelle nous les avions introduit afin de s’adapter au temps que durait leur existence. Les voir s’affairer froidement, en un simulacre presque convaincant de vie quotidienne, me répugnait. Nous avions créé des zombies, parmi lesquels s’étaient élevés Azaël puis Aurora. Mais personne d’autre. Cet éclair de génie de la nature ne se reproduisit plus jusqu’à la clôture du projet, ce qui ne manqua pas de nous surprendre.

Quoiqu’il en soit, Aurora et les siens, avec une durée de vie plus longue, donc plus « naturelle » pour des êtres vivants de cette taille, commencèrent à se faire une place à bord de l’Atlantis. Ils éclipsèrent par la même occasion tous leurs prédécesseurs qui n’eurent alors plus aucune raison d’être conservés.

VI – FIN DU PROJET DEUS

L’étude de la subjectivité spontanée chez la machine dura environ cent-cinquante ans. Nous vîmes défiler plus de vingt générations pendant lesquelles s’installa chez ces nouveaux klaunes un sentiment d’appartenance à une espèce distincte, phénomène que nous encouragions pour accentuer chez eux ce sentiment d’individualité.

On leur accorda peu à peu un semblant d’importance dans notre vie politique. Un de leurs représentants siégeait au Conseil, et ne se privait jamais de donner son avis lorsque le débat le concernait. Il n’avait aucune sorte d’influence sur les décisions, mais on l’écoutait et ses remarques étaient poliment enregistrées. Malgré un cerveau artificiel simplifié, les klaunes étaient à même d’avoir des idées nouvelles, d’éprouver des sentiments et étaient même capables de créations artistiques simples.

Je me rappelle l’émotion au DRST lorsqu’Aurora, peu après sa naissance, se mit à reproduire de mémoire un paysage forestier sur une de nos tables à dessin. Le trait manquait certes d’assurance, mais son expression ravie nous fit oublier en un instant son statut de machine. Il nous apparut subitement que la fierté dans le regard d’Azaël à la vue de l’œuvre de sa fille était la preuve de l’aboutissement de nos travaux. Cette machine ressentait le genre de sentiment qu’un père peut éprouver devant la réussite de sa progéniture.

Insidieusement, un groupe séparatiste vit le jour chez les autorités klauniennes. Ils avaient des idéaux attrayants, des projets ambitieux, et obtinrent l’appui de la majorité de la population de leur communauté. Ainsi vint le jour où leur représentant au Conseil demanda l’indépendance. La première réaction fut l’amusement. Tous les conseillers s’esclaffèrent puis firent place à un silence gêné lorsqu’ils réalisèrent que la requête était sérieuse.

- « Vous n’y pensez pas réellement, n’est-ce pas ? » intervint quelqu’un dans l’assemblée.

- « C’est impossible, nous sommes unis depuis des millénaire, cela ne rime à rien ! » renchérit une voix féminine.

- « Nous sommes fondamentalement différents, vous et moi, n’est-ce pas ? » entama le klaune.

Quelques toussotements discrets vinrent répondre à cette question purement rhétorique. Savoir dans quelle mesure la vingt-et-unième génération de klaunes était artificielle représentait un défi technologique insurmontable. Ils étaient faits de chair et de sang, tout comme nous, et leur système nerveux était totalement organique. Et pour couronner le tout, ils avaient des sentiments spontanés et individuels, et conscience d’eux-mêmes comme individus distincts de leur prochain.

La clameur des protestations monta crescendo. On décida de réunir le Comité d’Ethique, toujours en place, afin de statuer sur la question. Il tenait une place croissante dans toutes les décisions concernant les klaunes, à tel point que le DRST n’avait plus aucune influence à ce sujet. Les décisions émanaient directement du Comité, et seuls les médias avaient encore le pouvoir de s’y opposer.

De l’avis général, il était inconcevable de laisser un groupe vivre en marge de la population atlante. Et surtout des créatures que nous avions créées. A contrecœur, les principaux protagonistes du Projet DEUS en votèrent l’abandon à l’unanimité, dans l’espoir d’endiguer la crise. Malheureusement, le public se rangea du côté du Comité d’Ethique pour empêcher ce qu’il aurait été aisé d’appeler un génocide. Après tant d’efforts pour parvenir à façonner des machines capables de renier à juste titre ce statut d’êtres artificiels, notre responsabilité de créateurs s’engageait contre leur destruction pure et simple.

- « Pourquoi ne leur laissons-nous pas la zone 49 en plus de celle qu’ils ont déjà ? » demanda Angelo lors d’une réunion.

- « Leurs ambitions ne s’arrêtent pas là, sinon la question ne se poserait pas … » rétorquais-je. « Quand ils parlent d’indépendance, c’est ne plus nous voir, purement et simplement. Ils disent se sentir méprisés et dédaignés. Il ne supportent plus d’être « à la merci de notre bon vouloir, » comme ils disent. Ce que j’en pense, c’est qu’on ne les a pas doté de suffisamment de ressources cérébrales pour faire preuve de discernement. »

- « J’ai bien une idée pour résoudre tout cela, mais elle risque de faire plus d’un mécontent. » intervint un de nos collègues.

En fait d’idée, c’était une véritable révolution qu’il proposait. Néanmoins, après des mois de palabres et de négociations, il advint que la solution qu’il proposait fut la seule envisageable pour éviter de discréditer le DRST, pour contenter le Comité, et pour sauvegarder notre création.

L’ensemble des klaunes fut embarqués à bord de navettes de transport. Durant les quelques minutes que dura la descente vers la Terre, on procéda à quelques modifications. Notre existence fut effacée de leur mémoire et leur origine supprimée de leurs souvenirs. Nous allongeâmes leur espérance de vie jusqu’à plusieurs centaines d’années pour la première génération, afin de leur laisser le temps de s’adapter à leur nouvel environnement et de préparer la venue de leur descendance.

Dans la précipitation, quelques individus passèrent à travers les mailles du filet, mais il est évident que ce qu’ils pourraient raconter ne serait que balivernes aux yeux de leurs congénères et ne donnerait lieu à rien de plus qu’un folklore un peu farfelu incapable de convaincre qui que ce soit.

Nous avions décidé de ne leur laisser aucune technologie pour qu’ils goûtent aux joies de l’indépendance. C’était une piètre consolation en comparaison de la décision à laquelle ils nous avaient poussé : l’exode. Les modules de raccordement à la Terre furent retirés, et pour la première fois depuis des millénaires, un tremblement qu’accompagnait un grondement sourd parcouru le vaisseau : l’Atlantis se remettait en route à la recherche d’une nouvelle planète d’adoption, laissant là les machines qui avaient fait de l’arrogance et de la présomption une preuve de leur appartenance au cercle fermé des êtres pensants.

EPILOGUE

Je ressens encore l’abattement et la profonde tristesse qui m’envahit alors que je regardais par le hublot de mes quartiers. La Terre, point de repère familier et rassurant dans l’espace vertigineux qui nous entoure, n’était plus qu’un point indiscernable des autres étoiles alors que l’Atlantis poursuivait sa course à une vitesse démentielle.

Reprenant mes esprits, je m’aperçois que la voix off vient de terminer son exposé. Les enfants restent abasourdis par tout ce qu’ils ont vu, et je devine que c’est pour certains la naissance d’une vocation de chercheur au DRST. La salle se vide dans un brouhaha de discussions animées et alors que le professeur tente vainement de les rassembler et d’obtenir un peu de calme, un des enfants me tend un antique dessin d’artiste de klaune pour recevoir un autographe, que je lui rédige avec empressement.

- « Voilà ce que c’est de manipuler des forces que l’on ne comprend pas. Elles finissent par se retourner contre vous. Puissent-ils ne pas répéter notre erreur, » pensé-je en regardant l’enfant s’éloigner en sautillant.

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